Vol. 8 - No 1 Printemps 2015
        

L'évaluation : pour aller plus loin!

Historique des démarches d’évaluation

L’évaluation dans le milieu communautaire ne date pas d’hier. En effet, depuis les années 1970, l’évaluation des actions est une préoccupation croissante. Aujourd’hui, on parle plutôt de l’évaluation des résultats, donc de l’impact. Bien que le gouvernement ait considéré l’évaluation des organismes communautaires comme incontournable1, par l’exigence de gestion par résultats, dans un objectif de reddition de comptes sur l’utilisation de fonds publics, le milieu communautaire s’est approprié l’évaluation au milieu des années 1990.

En 1991, un comité ministériel sur l’évaluation a été mis sur pied. Il était composé de représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux, des régies régionales ainsi que du mouvement communautaire. Il avait pour objectif d’assurer l’application de la Loi sur les services de santé et les services sociaux, Loi 120. Ce comité a déposé un rapport intitulé « L’évaluation des organismes communautaires et bénévoles » en 1997, dans lequel il recommandait de privilégier une approche d’évaluation participative négociée, car « elle accorde une place centrale à la participation de toutes les personnes concernées. Elle prend en considération leurs valeurs, leurs points de vue, leurs intérêts et leurs attentes, à toutes les étapes du processus d’évaluation2 ».

À partir de 1994, la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida a élaboré, avec l’aide de chercheurs, une méthode originale d’autoévaluation appelée Epsilon basée sur la tenue de groupes d’appréciation partagée. Une première phase du projet Epsilon visait à savoir si les activités et services des organismes correspondaient à la mission qu’ils s’étaient donnée et aux besoins réels des personnes. Au cours de la deuxième phase, on cherchait à savoir si ce qui était fait concrètement dans chacune de ces activités et chacun de ces services était porteur de changement. Cette démarche a mis en évidence la difficulté et l’importance de la collecte de données qualitatives pour saisir l’ampleur du travail accompli et des retombées pour les personnes. Ainsi, un volet communications est inclus dans l’outil « Savoir-faire et savoir-dire : un guide d’évaluation communautaire », conçu en 2005, comme élément indispensable à l’essor des pratiques communautaires.

Parallèlement, en 1995, un regroupement d’organismes communautaires a mis sur pied le programme Pour le maintien des pratiques novatrices en milieu communautaire (NOVA). Ce projet avait pour objectif de développer les compétences des organismes communautaires en évaluation, tant de leur vie interne que de leur impact, et en négociation. En tout, 492 personnes représentant des organismes communautaires ou bénévoles du domaine de la santé et des services sociaux ont bénéficié de formations de 1995 à 2000. Cette expérience n’a pas permis à l’ensemble du mouvement communautaire d’intégrer cette pratique dans ses actions quotidiennes, mais elle a démontré son importance et sa pertinence lorsqu’elle est issue du milieu. Ainsi, à l’automne 1998, le « Guide d’évaluation participative et de négociation » a été publié par des organismes communautaires, dont le Centre de formation populaire, et des chercheurs universitaires.

En 2005, le Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal, avec la collaboration de plusieurs organismes communautaires, a publié l’« Analyse des pratiques d’évaluation dans les organismes communautaires » 3. Ce rapport de recherche avait pour objectif de présenter, dans le cadre du projet d’analyse et de renforcement des pratiques d’évaluation dans les organismes communautaires, l’état des pratiques évaluatives dans l’ensemble des organismes communautaires et de dégager les conditions qui facilitent le renforcement de ces pratiques. Dans ses conclusions, il confirme que l’approche participative est un facteur favorisant la démarche d’évaluation, car elle permet d’ajuster le processus à la réalité des participants. Par ailleurs, les résultats de cette recherche démontrent que 95 % des organismes répondants sont favorables aux évaluations et que 80 % associent les évaluations aux notions de réflexion et d’amélioration des actions. D’ailleurs, la presque totalité des organismes a mentionné faire des évaluations pour des raisons internes, indépendamment des demandes des bailleurs de fonds.

Une autre conclusion de ce rapport est que les organismes doivent être proactifs en matière d’évaluation. Ils doivent utiliser la systématisation, la participation et la réflexion critique. Ces éléments permettront aux organismes de suivre un processus rigoureux lié à leurs valeurs et à leurs objectifs.

Depuis, plusieurs initiatives du milieu ont été mises en œuvre, notamment le projet L’évaluation par et pour le communautaire, au service de la transformation sociale, mis en œuvre en 2010 par le Centre de formation populaire en partenariat avec Centraide du Grand Montréal. Ce projet visait le renforcement des compétences internes des groupes, afin qu’ils prennent en charge eux-mêmes les préoccupations liées à l’évaluation. Le projet revêt un caractère pilote, dans la mesure où il constitue la première expérience visant l’instauration de l’évaluation participative des résultats dans le milieu communautaire, en vue de l’amélioration des interventions et des services. À la fin du projet, 324 organismes de la région de Montréal auront été touchés par une ou plusieurs interventions du programme, soit : un programme de formation, des ateliers d’échanges entre les groupes pour qu’ils partagent leurs outils et renforcent leurs pratiques, du support conseil, de l’accompagnement, des activités de réflexion (séminaire, colloque) et des activités de communication (vidéo, baladodiffusion, outils en ligne). L’intervention repose sur l’approche participative centrée sur l’utilisation par les organismes des résultats de leurs évaluations et le développement chez ces derniers de l’autonomisation en matière d’évaluation. Le développement de l’autonomisation suppose que les personnes en situation de pauvreté jouent un rôle actif, en contribuant à évaluer et à définir les services et les activités qui leur sont offerts. Les organismes accomplissent aussi eux-mêmes le processus d’évaluation. De cette façon, les organismes sont préparés pour être en mesure, une fois l’accompagnement terminé, de mener à bien une évaluation sans ou avec peu de soutien technique.

Le débat se poursuit sur les façons d’intégrer cette démarche dans les pratiques quotidiennes des organismes communautaires, mais ce projet est le signe qu’un changement s’est opéré dans le milieu. Les groupes sont aujourd’hui proactifs en matière d’évaluation. Ils sont à l’aise de parler de leurs résultats et s’outillent de plus en plus pour renforcer leur intervention.

1. Gouvernement du Québec (MSSS), L’évaluation des organismes communautaires et bénévoles, Comité ministériel sur l’évaluation, septembre 1997, 75 pages.
2. MIDY, Franklin, et autres. Guide d’évaluation participative et de négociation, Montréal, Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles et Centre de formation populaire, 1998, 118 pages.
3. Accessible en ligne.Lien vers un site externe.


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